Publié sur le site de
l'ANSES
L'évaluation des risques des perturbateurs endocriniens - substances
chimiques comprenant notamment les phtalates, parabènes et alkylphénols -
constitue une des grandes priorités du programme de travail de l'Anses. Marc
Mortureux, directeur général de l'Anses, revient sur ce sujet d'actualité
parlementaire et fait un point sur l'état des travaux en cours.
1/ Phtalates, parabènes, alkylphénols, de quoi s'agit-il ?
Les phtalates sont des plastifiants notamment utilisés pour la fabrication
du PVC (polychlorure de vinyle) auquel ils confèrent la flexibilité voulue
(rigide, semi-rigide ou souple) et facilitent sa mise en forme. Ils peuvent
également être utilisés pour la fabrication de nombreux produits (peintures,
vernis, colles, mastic, laques, encres, produits ménagers, produits
phytosanitaires, …) et sont utilisés par les industries du caoutchouc, de la
photographie, des papiers et cartons, du bois, des matériaux de construction et
dans l'industrie automobile. Ils sont donc retrouvés dans des centaines
d'articles ou produits de consommation courante tels les adhésifs, les
revêtements de sol en vinyle, les huiles lubrifiantes, les condensateurs
électriques, les détergents, les câbles électriques et les produits cosmétiques
(parfums, déodorants, lotions après rasage, shampooings, aérosols pour cheveux,
vernis à ongles, …). Les parabènes sont des substances présentant des
propriétés antibactériennes et antifongiques, ils sont très largement utilisés
comme conservateurs dans les cosmétiques (shampooings, crèmes hydratantes,
mousses à raser…), les médicaments et les aliments comme additifs alimentaires.
Ils peuvent également être utilisés comme conservateur dans les produits du
tabac, dans certains produits ménagers (lessives) et entrent dans la
formulation de vernis, colles, adhésifs, cirages. Les alkylphénols sont
utilisés dans la fabrication d'adhésifs, de peintures, d'émulsions de cires de
parquets, de nettoyants ménagers, dans l'industrie du cuir, dans les composés
de polissage, les joints de feutre dans l'automobile, dans les matériaux de
construction, dans les pâtes et papiers, dans l'industrie des textiles, dans
les plâtres chirurgicaux, dans l'industrie du bois ainsi que comme agents
conservateurs dans l'amidon de blanchisserie. Ce sont également des principes
actifs entrant dans la formulation de désinfectants industriels ou ménagers
(sprays, lingettes) et pour le secteur médical.
2/ Quels risques présentent-ils et comment sont-ils réglementés
?
Certains ont ou sont suspectés d'avoir notamment des effets de perturbation
endocrinienne. Des études réalisées chez l'animal, et en particulier sur des
rongeurs, ont en effet rapporté des effets sur l'appareil reproducteur mâle et
femelle, sur la production et la qualité des spermatozoïdes et quelquefois sur
la fertilité et le développement de cancers hormono-dépendants. Cependant, les
études épidémiologiques disponibles à ce jour sont encore trop peu nombreuses
pour permettre de conclure quant à l'impact de ces composés chez l'homme. En
outre, il faut souligner que ces trois familles de composés regroupent un très
grand nombre de substances présentant des niveaux de dangers très variables et
dont les usages sont excessivement nombreux. Au regard de cette diversité, les
niveaux d'exposition à ces substances et les risques qu'elles peuvent présenter
sont très contrastés.
D'un point de vue réglementaire, plusieurs de ces substances sont encadrées
par le règlement REACh(1) et par le règlement CLP(2) ainsi que par différents
textes spécifiques selon leurs usages (directive jouet, réglementation relative
aux matériaux au contact des denrées, réglementation relative aux additifs
alimentaires et aux cosmétiques, aux dispositifs médicaux, …).
Ainsi neuf phtalates sont classés reprotoxiques 1B au titre du règlement CLP
et un dixième fait actuellement l'objet d'une procédure pour obtenir la même
classification. Les six phtalates les plus préoccupants (DEHP, DBP, BBP, DINP,
DODP et DIDP) font d'ores et déjà l'objet d'une procédure européenne de
restriction qui interdit leur usage dans les jouets et les articles de
puériculture, ces restrictions vont être remises à jour avant l'été. Les trois
premiers (DEHP, DBP, BBP) vont, en outre, voir à partir de 2015, leur usage
(toutes utilisations confondues) interdit sauf autorisation spécifique délivrée
au cas par cas par la Commission Européenne. Les autres font l'objet d'une
évaluation visant à les identifier comme substances très préoccupantes et les
ajouter à la liste des substances soumises à une autorisation provisoire et
restrictive dans l'attente de produits de substitution. Deux alkylphénols font
également l'objet d'une procédure de restriction et ne peuvent plus être
utilisés ni mis sur le marché en tant que substance ou constituant de
préparation à des concentrations égales ou supérieures à 0.1% en masse pour les
applications de nettoyage, les traitements des textiles et du cuir(3), comme
émulsifiant dans les produits agricoles de traitement par immersion des
trayons, pour l'usinage des métaux(4), pour la fabrication de pâte à papier et
de papier, dans les produits cosmétiques et autres produits d'hygiène
corporelle, sauf spermicides, ou, enfin, en tant que coformulants dans les
pesticides et biocides.
3/ Des alternatives à ces substances existent-elles ?
Ces trois familles de composés sont très diverses que ce soit en termes de
substances, des niveaux de danger qu'elles peuvent présenter et d'usages. Pour
beaucoup d'entre elles, les données sur les substituts existants ne sont pas
disponibles à ce stade. Dans ce contexte, il est important de rapeller que les
substituts pouvant être utilisés dans l'urgence peuvent se révéler aussi
dangereux, voire plus que l'original. Aussi, parmi ces trois familles, il est
important d'identifier les substances les plus préoccupantes, leurs usages et
les produits de substitutions existants ainsi que les risques que ces derniers
peuvent présenter afin de pouvoir les substituer en toute sécurité.
4/ Que fait l'Anses vis à vis de ces substances ?
Outre les activités européennes sur ces familles de substances dans le cadre
des règlements REACh et CLP, l'Anses est chargée de fournir aux autorités
compétentes l'expertise et l'appui scientifique et technique nécessaires à
l'évaluation des substances chimiques et des risques qu'elles présentent pour
l'homme.
Sur la question spécifique du bisphénol A, une autre substance suspectée
d'avoir des effets de perturbateur endocrinien, l'Agence a rendu 5 expertises
dont 3 avis en 2010 et a, dans ce cadre, émis une série de recommandations
visant à : - réduire l'exposition de la population, notamment des
populations les plus sensibles ; - améliorer l'information du consommateur
via la mise en place d'un étiquetage systématique des ustensiles et récipients
ménagers contenant du bisphénol A et pouvant être en contact avec les aliments
afin d'éviter leur chauffage excessif lors de l'utilisation ; - à
mobiliser les industriels pour mettre au point des substituts au bisphénol A
pour les usages alimentaires.
Enfin, dans un cadre plus global, le ministère chargé de la santé a saisi en
2009, l'Afssaps, l'Afssa(5), l'Afsset(5), l'InVS, l'INPES afin qu'ils se
penchent, dans leur champ de compétences respectifs, sur la question des
perturbateurs endocriniens. L'Inserm, pour sa part, a notamment été chargé de
réaliser une expertise collective sur les effets de substances dites
« perturbateurs endocriniens » en rassemblant et en analysant
l'ensemble de la littérature scientifique disponible. Sur la base des
substances identifiées comme préoccupantes pour leur toxicité sur la
reproduction et/ou leur action de perturbateurs endocriniens, l'Agence
travaille sur cinquante substances, dont une vingtaine sont des phtalates, des
parabènes et des alkylphénols. Il s'agit pour chacune d'entre elles d'en
décrire les dangers, d'en identifier les usages, d'évaluer l'exposition de la
population afin d'en évaluer les risques. L'un des objectifs de ce travail est,
in fine, d'identifier les substitutions possibles pour les produits ou
substances pour lesquels un risque sanitaire aurait été mis en évidence en
s'assurant que les candidats à la substitution identifiés aient pu faire
l'objet d'une évaluation des risques préalable à leur autorisation. Ce travail
d'ensemble s'inscrira sur plusieurs années et donnera lieu à une série de
rapports d'évaluation de risque, chacun spécifique d'une substance. Le premier
rapport sera rendu en 2011 et portera spécifiquement sur le bisphénol A, à
partir de 2012 ceux traitant des autres substances seront rendus.